Warren DANIEL
Échouements de sargasses en décembre aux Antilles : éléments d’explications et perspectives
12/01/2026Des échouements de sargasses sont observés aux Antilles depuis mi-novembre 2025, avec une fréquence et une persistance inhabituelles pour cette période de l’année. Ces arrivées ne correspondent pas à un simple épisode isolé, mais s’inscrivent dans une dynamique océanographique déjà engagée en amont.
Plusieurs facteurs expliquent de la situation actuelle :
Plusieurs processus expliquent que l’activité sargasses reste élevée en cette période, alors qu’une décroissance est souvent observée à cette période de l’année.
1. Une phase de décroissance réelle mais transitoire du stock de sargasses
Une diminution du stock de sargasses a bien été observée en octobre et début novembre, traduisant une phase de déclin saisonnier effective liée à la fragmentation des radeaux, à leur dégradation biologique et à une moindre production. Cette phase a cependant été courte et incomplète, ne conduisant pas à une disparition du stock, mais seulement à une réduction temporaire de la biomasse disponible.
Figure 1: Chronologie de la présence des sargasses pour les 4 derniers mois de l’année 2024 et 2025. Images composite (7 jours)
2. La persistance de structures résiduelles capables de se réactiver
Même durant la phase de creux, des radeaux résiduels sont restés présents dans certaines zones de l’Atlantique central et occidental. Lorsque les conditions environnementales sont redevenues favorables (température, lumière, nutriments, stabilité dynamique), ces structures ont pu rapidement reprendre de la croissance et reconstituer des amas significatifs, expliquant la rapidité de la reprise observée dès la mi-novembre.
3. Un système désormais caractérisé par des cycles de décroissance moins profonds
Depuis plusieurs années, le système sargasses fonctionne dans un régime excédentaire, dans lequel les phases de diminution sont plus courtes et moins marquées qu’auparavant. Ainsi, même lorsque l’activité faiblit temporairement, la biomasse résiduelle reste suffisante pour permettre une reprise rapide, sans attendre un nouveau cycle complet de production.
4. Rupture par rapport aux années récentes : le système reste dans un régime “chargé”
Depuis 2018, le système sargasses fonctionne dans un régime globalement excédentaire, avec des niveaux moyens plus élevés et des phases de décroissance moins marquées que durant la période antérieure. L’année en cours s’inscrit dans ce régime haut, ce qui réduit la probabilité d’un arrêt net de l’activité en fin d’année et augmente la probabilité de débuts d’activité précoces en début d’année suivante.
Autrement dit, ce n’est pas l’absence de décroissance qui est remarquable mais la faiblesse de son amplitude et la rapidité de la reprise, ce qui explique la perception d’une activité anormalement précoce et persistante.
Perspectives pour les prochains mois
La situation actuelle suggère que les échouements observés en décembre correspondent au début d’une nouvelle phase saisonnière, et non à un reliquat tardif de la saison passée.
Par ailleurs, des ensembles conséquents de sargasses sont simultanément observés en Atlantique central en fin d’année 2025. Leur structuration et leur extension spatiale suggèrent l’existence d’un réservoir actif susceptible d’alimenter durablement l’arc antillais dans les mois à venir. Ces configurations laissent ainsi envisager un début de cycle 2026 potentiellement précoce et marqué, sous réserve de l’évolution des conditions de circulation océanique et de dispersion à l’échelle du bassin Atlantique tropical nord.