Météo France
A quoi s’attendre sur la Martinique avec le retour probable d’El Niño en 2026 ?
04/06/2026
Un épisode El Niño se profile de manière probable au cours des prochains mois, avec vraisemblablement un pic d’intensité d’ici à la fin de l’année. Le phénomène ENSO (El Niño Southern Oscillation), qui résulte d’une interaction entre océan et atmosphère et se matérialise par des anomalies de température de surface dans l’océan Pacifique Centre et Est Équatorial, a des impacts majeurs dans certaines régions du monde.
De nombreuses spéculations se font entendre quant à l’amplitude du phénomène qui pourrait atteindre une forte intensité et les impacts qu’il aura sur la planète. En effet, superposé au réchauffement climatique induit par les activités humaines, il pourrait causer de fortes températures. Sur nos îles, il a des conséquences fortes sur les températures et moindre sur la pluviométrie.
Quelles conséquences sur nos îles, à quoi s’attendre pour les mois avenir ?
Climatologie : un lien direct sur les températures mais nettement moins sur la pluviométrie
En Martinique, les épisodes El Niño ont généralement pour effet d’orienter le climat vers des conditions plus chaudes et souvent plus sèches. L’impact le plus robuste concerne les températures : on observe en moyenne une augmentation des températures, notamment nocturnes, ce qui peut accentuer le ressenti de chaleur et les situations d’inconfort thermique. Ceci est surtout statistiquement observé entre les mois de mai et octobre.
En revanche, l’effet sur les précipitations est beaucoup plus variable. Bien qu’une tendance à des conditions plus sèches soit fréquemment observée, celle-ci n’est ni systématique ni uniforme selon les saisons. La réponse des pluies dépend fortement d’autres facteurs climatiques, comme les conditions dans l’Atlantique tropical ou la variabilité infra-saisonnière (particulièrement l’activité convective).
Par ailleurs, l’intensité d’un épisode El Niño ne permet pas à elle seule de prévoir l’ampleur des impacts locaux : des épisodes modérés peuvent parfois engendrer des anomalies marquées, tandis que des épisodes plus intenses peuvent avoir des effets plus limités.
Ainsi en Martinique, El Niño constitue un facteur important d’évolution du climat, mais son influence reste partielle et dépendante du contexte atmosphérique régional.
Quel est le rôle du changement climatique sur l’influence d’El Niño ?
Au caractère non systématique des impacts d’El Niño sur nos régions d’outre-mer, s’ajoute l’influence du changement climatique sur le climat sur les différentes régions de la planète. C’est pourquoi la caractérisation et le suivi d’un épisode El Niño ne peut se faire uniquement sur la base des températures de surface océaniques sur le Pacifique équatorial, mais également en étudiant la circulation atmosphérique associée et en anticipant l’évolution couplée entre l’océan et l’atmosphère. À titre d’illustration, l’épisode récent de 2023 n’a pas eu les impacts typiquement attendus sur la Polynésie malgré un pic d’intensité de l’épisode le classant dans la catégorie des événements « forts ». La communauté internationale, et en particulier l’Organisation Météorologique Mondiale, étudient comment mieux tenir compte de l’influence du changement climatique sur les indicateurs de suivi du phénomène.
Par ailleurs, les études sur l’influence possible du changement climatique sur la fréquence de survenue et l’amplitude du phénomène ne font pas encore l’objet de consensus forts. Cela dit, l’influence d’El Niño peut venir aggraver les impacts du changement climatique sur les précipitations intenses, les feux de forêt, les températures élevées, d’où l’importance de suivre de près ce phénomène.
Enfin, le réchauffement climatique tend à amplifier les anomalies de température observées lors de ces épisodes, rendant les années El Niño particulièrement chaudes.
Les dernières prévisions
Les prévisions des indices ENSO des mois derniers s’accordent sur la survenue d’une phase El Niño ces prochains mois. La date de bascule vers cette phase varie néanmoins selon les centres de prévision, mais 80% des modèles sont d’accord pour une bascule entre juin et août. La survenue est quasiment certaine d’ici à septembre 2026 (accord des ensembles de modèles européens, américains et australiens).
Lire aussi : WMO: Likelihood increases of El Niño et El Niño très probablement de retour à partir de l’été 2026 : quelles conséquences à l’échelle planétaire ?
Des doutes persistent néanmoins sur l’intensité du phénomène, le printemps étant une période avec une plus forte dispersion dans les prévisions. Les dernières actualisations présentent une croissance variable du phénomène d’ici à la fin de l’année, mais la moitié des modèles s’accordent sur le dépassement du seuil de +2,5°C avant la fin de la période de prévision (octobre 2026), dont le modèle de Météo-France. Les différents modèles présentent cependant toujours une dispersion majeure, visible grâce à l’étendue du panache sur les graphiques de gauche et de droite de la figure ci-dessous. Il s’agira donc d’affiner les prévisions avec les prochaines actualisations des modèles.
Graphique en plume des percentiles d'anomlies des températures de surface de la mer dans la boite NINO3.4
Les impacts attendus en Martinique
En termes d’impacts sur la température, la Martinique peut s’attendre de manière certaine à des températures supérieures aux normales, attestées par les prévisions saisonnières. Une saison sèche exceptionnellement chaude est fortement probable.
Concernant la pluviométrie, les conséquences ne sont pas directement liées à l’intensité du phénomène et sont donc plus difficiles à anticiper. D’autres composantes régionales du climat planétaire, comme des eaux anormalement chaudes/froides sur l’Atlantique tropical (pas toujours liés directement à El Niño) peuvent nuancer et modifier la réponse de la pluviométrie sur les îles sous-le-Vent.
A ce stade, les modèles tablent pour un fort potentiel de déficits pour la saison des pluies qui va commencer au cours du mois de juin. Mais il demeure compliqué de les quantifier. Ci-dessous, les prévisions du centre européen pour le trimestre de juillet-août-septembre
Néanmoins, comme pour les épisodes El Niño récents, une vigilance toute particulière sera accordée au début de l’année 2027. En effet, les conséquences seraient d’autant plus importantes si le déficit pluviométrique venait à durer dans le temps. Il s’agit donc de surveiller la reconstitution des réserves en eau par pluies durant la saison qui commence , mais aussi durant les saisons qui suivront.
Des impacts à attendre en Martinique
Même si les prévisions restent à affiner, un épisode El Niño fort est probable. Il devrait se traduire localement en une saison des pluies, de juillet à début-Novembre, anormalement chaude et déficitaire en cumul de précipitations.
Les impacts, d’une saison des pluies très chaude et moins pluvieuse que la normale, seraient nombreux, allant d’une agriculture fragilisée à des niveaux hydriques de surface et phréatiques probablement bas, en passant par des besoins énergétiques accrus et des risques sur la santé, notamment liés à l’hyperthermie.
Pour aller plus loin : de l'ONI au RONI
L’indice traditionnel permettant de mesurer l’intensité du phénomène ENSO est l’Oceanic Nino Index (ONI). Cet indice compare les températures de l’Océan Pacifique tropicale (boîte 3.4) à une normale climatologique (moyenne des températures océaniques sur 30 ans).
Afin de mieux mesurer l’intensité du phénomène ENSO, un nouvel indice a été récemment introduit par le Climate Prediction Center. Cet indice s’intitule Relative Oceanic Nino Index (RONI).
Le RONI soustrait à l’indice ONI les variations de températures de l’Océan tropical entier sur une ceinture 20S-20N. Cet indicateur est donc un calcul d’anomalie et permet de mieux appréhender les variations de températures induites par le phénomène ENSO uniquement.
En effet, dans un contexte de changement climatique, l’Océan tropical entier se réchauffe. Cette augmentation des températures de l’Océan tropical n’est pas distinguée de l’augmentation des températures de l’Océan Tropical dans le calcul de l’ONI.
De plus, ce changement d’indicateur a permis de réévaluer à la baisse ou à la hausse certaines précédentes phases du phénomène ENSO. En effet, la comparaison des deux indicateurs, a révélé deux points : par le passé, l’ONI a pu surestimer l’intensité de certaines phases El Niño, tandis qu’il a pu sous-estimer l’intensité des phases La Niña.
Pour autant, il est important de noter, qu’il n’existe pas de relation linéaire entre l’intensité du phénomène ENSO et ses impacts.
Lire aussi : CPC adopts Relative Oceanic Niño Index (RONI) for reliable, responsive monitoring and tracking of ENSO et Southern hemisphere outlooks from the BOM