Bulletin Prévisions saisonnières Prévisions d'activité cyclonique sur le bassin Atlantique Nord pour 2022

Prévisions d'activité cyclonique sur le bassin Atlantique Nord pour 2022

07/06/2021

TENDANCES POUR LA SAISON CYCLONIQUE 2022 SUR NOTRE BASSIN
ET
QUE RETENIR POUR LES ÎLES FRANÇAISES ?

Tendance pour 2022 ...

Activité cyclonique 2022 prévue supérieure à la normale des années 1991-2020

Moyennes des prévisions des différents instituts :

18-19 cyclones nommés (± 4), dont 9-10 ouragans (± 3), ACE* autour de 160

 

En comparaison ...

Normales de saison (moyennes 1991-2020) :

→ 14 cyclones nommés, 7 ouragans et ACE de 123

Moyennes sur les 10 dernières années (2012-2021) :

→ 17 cyclones nommés, 7 ouragans et ACE de 125

Records des 20 dernières années :

Cyclones nommés : seulement 8 en 2014 et jusqu’à 30 en 2020

→ Ouragans : seulement 2 en 2013 et jusqu’à 14 en 2005

ACE : seulement 36 en 2013 et jusqu’à 250 en 2005

 

À retenir …

- Si l’on regarde les années passées, il n’y a pas de relation forte entre le nombre de cyclones nommés sur l’ensemble du bassin et les impacts sur l’arc Antillais.

- Un seul cyclone suffit pour impacter fortement un territoire et laisser une trace de saison catastrophique !

- La préparation pour la saison cyclonique et le suivi doivent être identiques quelle que soit l'activité prévue de la saison, surtout pour les populations côtières et îliennes.

 

* ACE : indice global de l'énergie cyclonique accumulée combinant intensités et durées des systèmes dépressionnaires tropicaux

Préambule

Les prévisions d’activité cyclonique sont pilotées par la connaissance de phénomènes climatiques de grandes échelles géographiques et temporelles (El Niño/La Niña et températures de surface de l’Océan Atlantique en particulier) dont on connaît certaines conséquences et corrélations avec l'activité cyclonique.

Ces phénomènes ont une influence sur des facteurs météorologiques importants pour l’activité cyclonique :

  • - La température de l'océan superficiel dans les régions habituelles de formation et d’évolution des cyclones.
  • - L'organisation des vents sur une couche importante de l'atmosphère.
  • - L’humidité intégrée de la masse d’air et sa capacité à créer des mouvements verticaux.

Oscillation australe El Niño (El Niño Southern Oscillation : ENSO)

Après un passage en configuration neutre d’avril à septembre 2021, lOcéan Pacifique tropical est de nouveau sous l’influence d’un évènement La Niña modéré, avec une anomalie de température de surface de la mer légèrement inférieure à -0,5°C, comme le montre la figure 1.

En ce début de saison cyclonique, les prévisions du système multi-modèles C3S sont fortement dispersées autour de la limite entre un évènement la Niña et la configuration neutre de l’oscillation australe ENSO (figure 2). Les prévisions du modèle MF-S8 de Météo-France sont plus tranchées, avec un maintien de La Niña sur toute la saison cyclonique par la quasi-totalité des membres de l’ensemble (figure 3). Le scénario privilégié par les prévisions des différents modèles dynamiques et statiques disponibles tend vers une poursuite de l’évènement La Niña modéré sur les prochains mois, avec une baisse des probabilités de La Niña sur le cœur de la saison cyclonique d’août à octobre (58 % de prévisions La Niña, 38 % de prévisions de phase neutre – figure 4). Le passage en El Niño est très peu probable.

 

Températures de surface de l’Océan Atlantique Nord

Sur les 3 derniers mois, la configuration de l’Océan Atlantique (figure 5a) est caractérisée par des températures superficielles proches des normales sur la partie centrale du bassin, avec de légères anomalies négatives et positives. Sur sa partie Ouest cependant, les anomalies sont très marquées, avec des températures plus de 2°C supérieures aux normales de saison au large de la côte Est des États-Unis, particulièrement au niveau du Gulf Stream. On note également une zone d’anomalie froide sur les côtes de l’Afrique de l’Ouest.

Dans le Nord de l’Atlantique tropical, les températures moyennes, qui restaient légèrement plus chaudes que la normale depuis un an, présentent depuis le mois d’avril une légère anomalie négative (figure 5b).

Le système multi-modèle C3S tend vers une résorption de cette anomalie négative au cours de la saison cyclonique, avec une majorité des modèles prévoyant une température de surface de l’océan dans le tercile chaud sur le pic de la saison (août à octobre, figure 6a), excepté au niveau du Cap Vert. Les prévisions de Météo-France nuancent cette tendance chaude avec une forte dispersion autour des normales (figure 6b) : le scénario le plus probable semble aller vers des températures légèrement supérieures aux normales à partir de juillet-août.

En général, ce type de configuration des températures de surface de l'Océan Atlantique Nord est associé à une saison cyclonique légèrement plus active que la normale.

 

Les prévisions d’activité cyclonique des différents centres internationaux

Le modèle de prévision saisonnière du Centre Européen (ECMWF) du mois de juin (figure 7) prévoit une activité cyclonique significativement supérieure à la moyenne 1993-2020 sur l'Atlantique tropical. L’ECMWF s’inscrit dans la tendance générale annoncée par divers centres internationaux (tableau en dernière page). En moyennant les prévisions disponibles des différents centres, on s’attendrait à un nombre total de cyclones nommés entre 14 et 22, dont 6 à 11 ouragans, 2 à 6 d’entre eux pouvant être majeurs. C’est au-dessus des nouvelles normales, calculées sur la période 1991-2020. Bien que le nombre annuel de cyclones ait nettement augmenté depuis le milieu des années 90, les prévisions pour cette saison 2022 dépassent également les moyennes des 10 dernières années. Il faut noter cependant que les incertitudes associées à ces prévisions (représentées par les fourchettes sur le nombre d’évènements) sont encore importantes à cette période de l’année.

On retiendra comme scénario le plus probable une saison 2022 plus active que la normale, dans le même ordre d’activité que les années récentes.

CONCLUSIONS

En ce début du mois de juin, les différents éléments d’analyse dont nous disposons tendent à converger vers la possibilité d’une saison cyclonique 2022 plus active que la normale :

- ENSO : événement La Niña qui devrait se poursuivre et pourrait contribuer à une saison plus active que la normale.

- Températures de l’Océan Atlantique : devraient être légèrement supérieures aux normales de saison

- Prévisions de tempêtes tropicales : un nombre de cyclones supérieur à la normale.

 

L'ACE prévu (indice global de l'énergie cyclonique accumulée combinant intensités et durées des systèmes dépressionnaires tropicaux) est lui aussi nettement supérieur à la normale (162 ±61), mais il y a, comme à l’accoutumée, une forte incertitude sur cet indice.

Pour mémoire l'ACE de la mémorable saison 2017 fut de 225, tandis qu’en 2020 (année record en nombre de cyclones nommés) il atteignait 180 ‘‘seulement’’.

 

Il faut surtout garder en mémoire que l’incertitude des prévisions saisonnières est encore plus importante pour une petite île donnée et qu’un seul cyclone suffit pour impacter fortement un territoire et laisser une trace de saison mémorable !

En conséquence, la préparation pour la saison cyclonique et le suivi doivent être identiques quelle que soit l'activité prévue de la saison, surtout pour les populations côtières et îliennes.