Cyclone Beryl lors de son passage sur les Antilles pendant la saison 2024

Météo-France

Bulletin technique des prévisions d'activité cyclonique de la saison 2025 - actualisation de mai

26/05/2025

Sur le bassin Atlantique, la Mer des Caraïbes et le Golfe du Mexique, les tendances saisonnières en matière d’activité cyclonique semblent être à un niveau sensiblement supérieure à la normale des années 1991-2020.

Phénomènes de grandes échelles qui influencent l'activité cyclonique

Les prévisions d’activité cyclonique sont pilotées par la connaissance de phénomènes climatiques de grandes échelles géographiques et temporelles (El Niño/La Niña et températures de surface de l’Océan Atlantique en particulier) dont on connaît certaines conséquences et corrélations avec l'activité cyclonique.

Ces phénomènes ont une influence sur des facteurs météorologiques importants pour l’activité cyclonique :

  • La température de l'océan superficiel dans les régions habituelles de formation et d’évolution des cyclones.
  • L'organisation des vents sur une couche importante de l'atmosphère.
  • L’humidité intégrée de la masse d’air et sa capacité à créer des mouvements verticaux.

 

Oscillation australe (El Niño Southern Oscillation : ENSO)

Entre octobre 2024 et février 2025, nous étions en phase ENSO La Nina. Depuis février 2025, la bascule en phase neutre est effective.

Région Niño 3.4 (Pacifique équatorial central), moyennes mensuelles des anomalies de température de surface de la mer entre avril 2024 et avril 2025(source : Union Européenne - Mercator Océan).

L’évolution actuelle de la phase ENSO se traduit par une hausse de la température de surface de la mer dans cette partie de l’océan Pacifique (région Nino 3.4). Pour les prochains mois, cette température peut soit se stabiliser, soit prendre une évolution positive ou négative d’après les modèles de prévision saisonnière de Météo-France et du Centre Européen. L’évolution de la température de surface dans la région Nino 3.4, qui détermine la phase ENSO (La Nina, El Nino ou neutre) est à ce jour associée à une incertitude notable. Toutefois c’est le scénario d’une phase neutre qui semble être privilégié par les différents modèles.  On note néanmoins de légères différences sur l’évolution des températures de surface la mer (SST par la suite) entre les deux modèles, en particulier en termes d’amplitude et de dispersion. C’est le modèle européen (figure 2A) qui propose la plus forte dispersion et amplitude dans le signal par rapport au modèle de Météo-France (figure 2B).  Malgré ces légères différences, le scénario privilégié par les deux modèles est un début puis une poursuite de saison cyclonique en phase neutre. 

Prévisions d'anomalies de température de surface de la mer (SST) dans la région Niño 3.4 (Pacifique équatorial central) par le multi-modèle C3S (Union Européenne – Copernicus) de mai2025Prévisions d'anomalies de température de surface de la mer (SST) dans la région Niño 3.4 (Pacifique équatorial central) par le modèle MF-S8 (Météo-France) d’avril 2025

 

Les prévisions expertisées du CPC/IRI, issues de différents modèles dynamiques et statistiques vont dans le sens des modèles européens et français.Ces prévisions indiquent également qu’une phase neutre tout au long de la saison cyclonique est le scénario le plus probable. Au fil des mois suivants, les probabilités d’être en présence d’une phase neutre s’affaiblissent très sensiblement pour être équivalente aux probabilités d’être en phase La Nina pour la fin d’année. Ces prévisions confortent le scénario d’être en phase neutre au cours de la saison cyclonique 2025. (figure 3).

On retiendra que l’incertitude des prévisions du cycle ENSO est encore importante. Néanmoins, le scénario le plus probable est une stabilisation en phase neutre avant le début de la saison cyclonique 2025.
En général, la configuration neutre s’accompagne, dans le bassin Atlantique, d’une incertitude plus forte pour prévoir l’activité cyclonique d’une saison.

Températures de surface de l’Océan Atlantique

Depuis le début de l’année 2025, les températures de surface de l’Océan Atlantique Nord sont en moyenne sur l’ensemble du bassin, légèrement plus chaudes que la normale (+0,4°C). C’est sur la partie des latitudes tempérées du bassin, que les anomalies de températures sont les plus élevées. Sur l’arc antillais, la température de surface de la mer se situe entre 0,4 et 1,2°C plus chaude que la moyenne sur la période 1993-2016. Ces anomalies augmentent très sensiblement en allant vers le nord-est : cette zone se caractérise par des anomalies supérieures à 1,6°C (figure 4A). 

Anomalies de température de surface de l'Océan Atlantique Nord en février-mars-avril 2025 en comparaison de la moyenne pour la même période entre 1993 et 2016 (source : Union Européenne - Mercator Océan).

Il est intéressant de noter qu’en moyenne dans le Nord de l’Atlantique tropical, ces températures sont en anomalie chaude depuis plus de 3 ans. Toutefois, après le pic connu en début d’année 2024, les écarts se réduisent et la température de surface de l’Océan Atlantique tend plutôt vers les normales sans les atteindre non plus. En effet au pic, l’anomalie de température a atteint +1,5°C en mars 2024, cette anomalie est de l’ordre de +0,4°C en avril 2025  (figure 4B).

Pour les mois correspondant au cœur de la saison cyclonique, entre août et octobre, le modèle de Météo-France prévoit que l’ensemble du bassin Atlantique va rester dans une configuration d’anomalies élevées de températures de surface. Ces anomalies sont prévues être plus importantes sur l’Atlantique Nord. Elles sont moins importantes sur la bande tropicale comportant les Antilles avec lesquelles elles pourraient se rapprocher de la normale (figure 5).

En général ce type de configuration des températures de surface de l'Océan Atlantique est associé à une saison cyclonique plus active que la normale.

Les prévisions d’activité cyclonique des différents centres internationaux

La configuration ENSO de l’Océan Pacifique et les températures de surface de l’Océan Atlantique sont les principaux contributeurs à l’activité cyclonique sur le bassin Atlantique.

Les prévisions d’évolution de ces contributeurs au cours de la saison cyclonique 2025 sont plutôt favorables à la cyclogénèse. D’une part, la possible configuration en phase neutre du cycle ENSO ne contribue pas à dégager une tendance significative pour l’activité cyclonique. D’autre part, des températures élevées de surface de l’océan sont par nature favorables au développement et renforcement des cyclones.

Ainsi, la moyenne des  prévisions d’activité cyclonique pour 2025, émises par les centres qui en produisent, font état d’une activité supérieure ou égale à la normale des 30 dernières années

Sur les 10 dernières années, la moyenne calculée du nombre des phénomènes est plus élevée. La moyenne des différents centres montre une activité en terme de nombre de phénomènes cycloniques moins élevées que ces dix dernières années, par contre en nombre d’ouragans et d’ouragans majeurs, la moyenne des différents centres est proche de la normale des 10 dernières années.

Conclusions

En ce mois de mai, les différents éléments d’analyse et de prévision dont nous disposons tendent à converger pour que la saison cyclonique 2025 soit d’une activité qui peut être légèrement  supérieure à la normale :

    • ENSO : une stabilisation en phase neutre est la configuration la plus probable à ce stade. Cette configuration ne contribue pas à dégager une tendance significative pour l’activité cyclonique.
    • Températures de l’Océan Atlantique tropical : elles sont déjà, et sont prévues de rester proches des normales ou légèrement supérieures, ce qui est un facteur favorable pour promouvoir une saison plus active que la normale.

Ces tendances sont valables pour l’ensemble du bassin Atlantique tropical. Aussi, il faut surtout garder en mémoire que l’incertitude des prévisions saisonnières est encore plus importante pour une petite île donnée et qu’un seul cyclone suffit pour impacter fortement un territoire et laisser une trace de saison mémorable !

Quelle que soit l'activité prévue des saisons cycloniques, il est recommandé de se préparer. Cette recommandation reste importante pour l’année 2025 qui peut être sensiblement supérieure à la normale sur l’activité cyclonique.

 

  • Accueil
  • Actualités
  • Bulletin technique des prévisions d'activité cyclonique de la saison 2025 - actualisation de mai